John Galliano / William Klein : le TGI de Paris est « inspiré » par l’art
Le TGI de Paris a rendu, le 28 mars dernier, sous la forme des référés, une ordonnance condamnant la société du célèbre créateur britannique John GALLIANO à verser au non moins célèbre photographe William KLEIN la somme de 200.000 €. Il s’agissait de savoir si la dernière campagne de publicité du styliste (par ailleurs connu comme directeur artistique de la maison DIOR) portait atteinte aux œuvres de William KLEIN, à savoir la technique des planches contact sur lesquelles on appose des traits ou des lignes, connue sous le nom de « contacts peints ».
La campagne en question utilisait une série de photos de mode en noir et blanc présentée sous forme de planches contact et bordée en haut et en bas d’une double ligne brisée tracée à la laque. Pour l’anecdote, il semble que c’est lorsque l’un de ses amis aurait dit à W. KLEIN : « pourquoi as-tu fait cette mocheté pour Galliano ? » que le photographe s’est décidé à saisir le Tribunal.
Le juge a donc donné raison au photographe en précisant : « Il n’est pas contesté que les publicités litigieuses reproduisent la composition caractéristique des « contacts peints » dans l’ensemble des éléments qui en définissent l’originalité, la société J. GALLIANO a délibérément emprunté ladite composition, pour présenter les photographies de ses modèles ; ce faisant, elle a réalisé ou fait réaliser des œuvres composites, lesquelles sont manifestement illicites en l’absence de l’autorisation de W. KLEIN. ». Ce dernier, artiste complet passé par l’atelier de Fernand LEGER, insistait sur le fait qu’il a déjà été suivi mais jamais copié ou plagié de la sorte ! S’il est vrai que si tout est inspiration, que chacun se réfère toujours à quelque chose de préexistant, il n’est pas licite de tirer profit des créations originales d’un auteur, surtout lorsque l’œuvre en question est particulièrement identifiable et que l’on se dit ou que l’on pense que J. GALLIANO « a fait » du W. KLEIN . Cette création pouvait aussi s’apparenter à une idée, qui serait alors de libre parcours mais le TGI n’a pas raisonné de la sorte.
En matière d’art, surtout depuis le XX ème siècle, où commence la création originale et où s’arrête l’idée ?
Affaire à suivre toutefois, sur le fond bien entendu et parce qu’une procédure d’appel de cette ordonnance de référé est en cours …
